Le head coach des Wildcats a-t-il accompli suffisamment pour recevoir une telle promotion ?

Dans la foulée de l’assaut lucratif de UCLA, Kentucky s’est empressé d’offrir un nouveau contrat à John Calipari, qui devrait lui permettre de conserver le leadership des Wildcats jusqu’à la retraite.

Selon les informations de Seth Davis (The Athletic), Kentucky a renouvelé le contrat existant de John Calipari (signé en 2017) et a offert une extension de $48 millions sur 6 ans. Le head coach des Wildcats, qui a fêté ses 60 ans, est désormais lié avec l’Université jusqu’en 2024.

John Calipari est d’ores et déjà le head coach le mieux payé de la ligue ($9.2 millions en 2019 selon la base de données de USA Today Sports) et il devrait le rester avec cette extension. Au-delà de cela, une promesse de futur ambassadeur rémunéré auprès de l’école serait inclus dans le nouveau contrat.

UCLA a tenté un coup de poker et John Calipari s’en est servi pour obtenir un contrat à vie, essentiellement, de la part de Kentucky. Mais a-t-il accompli suffisamment pour mériter une extension si lucrative ?

 

Oui, Kentucky est l’un des programmes les plus profitables

 

Ne tournons pas autour du pot : bien qu’il s’agisse de la NCAA (une ligue soi-disant amateur où le but premier est d’offrir une formation inégalée et une opportunité de développement unique à de jeunes athlètes-étudiants), chaque université recherche avant tout le profit.

Et dans ce domaine-là, John Calipari est l’un des tous meilleurs.

D’après une recherche réalisée par Forbes, Kentucky est la seconde équipe la plus profitable en basketball universitaire, derrière Louisville. Les Wildcats réalisent un profit net de $23 millions et produisent des revenus de $49 millions (des moyennes sur les 3 dernières années).

(Crédit photo : Forbes.com)

Pour en arriver à ces chiffres mirobolants, Kentucky se repose sur la meilleure audience de la ligue, ou tout du moins, la meilleure sur 8 des 10 dernières saisons. Près de 22.000 supporters se sont massés l’année dernière dans les travées de la Rupp Arena, produisant un revenue de $22 millions rien qu’en tickets.

Qui plus est, depuis son arrivée chez les Wildcats, John Calipari a porté le programme de basketball au sommet de la hiérarchie des équipes les mieux cotées en NCAA. La valeur de Kentucky avoisinait récemment (en 2017) les $246 millions, ce qu’aucune autre école n’a réussi à dépasser.

John Calipari est imbattable dès qu’il s’agit de business, ceci est un fait.

 

Non, les résultats ne sont plus suffisants pour Kentucky

 

John Calipari a terminé le week-end dernier sa 10ème saison à la tête des Wildcats et les résultats ne sont pas aussi bons que l’imaginaire orgeuilleux du programme pourrait le laisser penser.

Il faut tout d’abord prendre en compte que Kentucky ne compte pas, non plus, dès qu’il s’agit d’investir dans le programme de basketball. Aucune autre université publique ne dépense autant ($15 millions) pour les salaires du staff, pour le recrutement, pour les déplacements et pour les équipements sportifs. A plus de $9 millions annuels, le head coach est payé autant, si ce n’est plus, qu’un head coach d’une franchise professionnelle. Les Wildcats ont construit un dortoir (appelé “Wildcat Coal Lodge”) réservé à seulement 32 individus, à quelques pas d’un complexe d’entrainements de plus de $30 millions.

Kentucky veut s’imposer comme la référence absolue en basketball universitaire.

Les résultats d’un investissement gargantuesque ?

  • Un titre national en 10 ans.
  • 4 Final Four en 10 ans.
  • 3 saisons à plus de 10 défaites (contre 5 lors des 10 saisons de Tubby Smith).
  • 8 défaites en SEC en 2017-18, ce qui n’était pas arrivé depuis 1989-90 lors de la saison inaugurale de Rick Pitino (et si l’on enlève l’ère de Billy Gillespie).
  • 3 saisons sans aucun trophée, ce qui est plus que Tubby Smith (2) et Rick Pitino (2).

Et la dynamique de progression des Wildcats ne fléchit pas nécessairement dans la bonne direction lorsque l’on sépare les 6 premières années de John Calipari avec les 4 dernières.

Le déclin de l’université débute lors du Final Four en 2014-15, alors qu’une équipe de Kentucky à 38-0 était en position viser une saison parfaite. Les Wildcats s’inclinent à la surprise générale face à Wisconsin et, après les départs de 7 (!) joueurs pour la Draft NBA, l’équipe de John Calipari n’a jamais retrouvé une telle domination.

Depuis lors ? Aucune nouvelle participation au Final Four. Trois éliminations face à des seeds inférieurs (#5 Indiana en 2016, #9 Kansas State en 2018 et #5 Auburn cette saison) à la March Madness.

La fin de la décennie sous John Calipari s’éloigne peu à peu des standards d’excellence amenés par l’ancien head coach de Memphis et rien n’est plus criant que son ancien joujou de prédilection : le recrutement.

 

Non, le recrutement ne compense plus ses lacunes en coaching

 

Ce n’est une surprise pour personne : le point fort de John Calipari n’est pas ses qualités de coaching. Les systèmes de jeu de Kentucky ne sont pas les plus complexes et le talent des joueurs est régulièrement mis à contribution afin de porter les Wildcats au succès.

Mais, en posant ses valises sur le campus de Lexington, John Calipari a apporté une vision “moderne” du basketball universitaire qu’il maitrisait sur le bout de doigts : l’art du “one-and-done“.

Il est devenu l’une des personnes les plus influentes de la ligue en devenant celui qui couvait les meilleures recrues du pays, pendant une seule saison, avant qu’elles prennent leur envol pour les caisses de billets verts de la NBA au terme d’une saison à succès. Peu de head coaches autre que lui n’ont cru à cette recette à ses débuts ; mais, les autres équipes ont finalement raccroché au wagon.

Bizarrement, John Calipari ne connait plus le succès des premières années à Lexington.

 

 

Et cette nouvelle dynamique, où Duke et North Carolina se mettent également à recruter des joueurs “one-and-done“, se répercute directement sur les capacités de recrutement de Kentucky.

Les dernières classes de recrutement font pâle impression par rapport à celles de 2010 (Brandon Knight, Enes Kanter, Terrence Jones), 2011 (Anthony Davis, Michael Kidd-Gilchrist), 2012 (Nerlens Noel, Archie Goodwin, Alex Poythress), 2013 (Julius Randle, Andrew et Aaron Harrison) et 2014 (Karl-Anthony Towns, Tyler Ulis, Devin Booker).

Hormis De’Aaron Fox, quels hommes ont réussi à Kentucky puis au cours de sa carrière professionnelle depuis 2015 ?

Les exemples de Skal Labissière, Bam Adebayo et Hamidou Diallo sont les plus parlants : les joueurs se brûlent plus souvent les ailes avec les Wildcats qu’ils ne réussissent à utiliser leur une ou deux saisons à Lexington afin de propulser leur carrière vers la NBA.

 

En résumé : John Calipari et son agent sont très malins

 

Le businessman qui dort en John Calipari a une nouvelle fois frappé.

Il a dominé la ligue aux débuts des années 2010 en chevauchant une monture que personne ne souhaitait dompter. Désormais que cette bête est apprivoisée, il ne possède plus cet avantage structurel. Et, voyant que la marée se retire (on n’a jamais été aussi prêt du retrait de la règle du “one-and-done“), John Calipari a profité des envies démesurées de UCLA pour obtenir une caution à vie avec Kentucky.

Peut-il encore dominer le basketball universitaire, avec la recette qui a mené Memphis et Kentucky à de nombreux Final Four, ou une autre recette ? Rien n’est moins certain et seulement l’avenir le dira.

Mais on peut aisément avancer que John Calipari ne mérite pas (entièrement) cette extension fort lucrative.

Les profits du programme de basketball des Wildcats sont un argument de poids en faveur de l’administration de l’Université. Cependant, les résultats sportifs ne sont pas à la hauteur des investissements opérés et des attentes de la “Big Blue Nation”.

John Calipari a construit un programme en tant que “référence absolue”. Un titre national en 10 ans ? Ce n’est pas ce que l’on peut considérer comme tel.