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Julien Olivas Texas State Bobcats Athlétisme
(Crédit photo : Texas State Athletics)

Julien Olivas (Texas State) : “[la NCAA] n’est pas ce que j’espérais”

Cette saison, Julien Olivas (Texas State) effectuait sa première année aux États-Unis avec l’objectif de participer aux NCAA Championships en athlétisme. Cependant, le français n’a pas réussi à se qualifier, freiné par plusieurs blessures. Il faut aussi ajouter à cela que le freshman a eu du mal à vivre loin de ses proches. 

En exclusivité pour Midnight On Campus, le français revient sur ses débuts universitaires, son titre à l’heptathlon en conférence et les raisons de son départ de la NCAA après seulement une saison. 

“Le problème, c’est qu’il y avait trop de trucs qui faisait que j’étais mal dans ma vie.”

Quel bilan tires-tu de cette première saison universitaire ?

Qu’est-ce que j’en retire ? Et bien, ça ne s’est pas bien passé.

En vrai, cette histoire (en NCAA ; ndlr), ce n’est pas ce que j’espérais. En soi, c’était une superbe expérience d’être dans une équipe et faire de l’athlétisme comme un sport d’équipe, s’entraîner tous les jours avec une émulation à l’américaine exacerbée. Ça, c’était top. C’était vraiment nouveau pour moi et j’ai vraiment apprécié vivre ça. 

Comment s’est passé ton adaptation à San Marcos (Texas) ? As-tu réussi à trouver ta place ?

Je pense être profondément un européen.

Aux Etats-Unis, les relations sont un peu superficielles. Par exemple, avec mes colocs, on ne se posait jamais pour manger ensemble. Ce sont des trucs auxquels je suis un peu attaché. Habituellement, le soir avec mes amis, on se pose ensemble, on mange et on discute. Eux, ils sont tous le temps dans le rush.

De plus, je n’étais pas libre de mes mouvements, et ça me frustrait. Pourtant j’étais au Texas. Je savais qu’il y avait plein de truc à découvrir au-delà de l’université, comme des parcs naturels et autres, mais je pouvais rien faire parce que je n’avais pas de voiture. Aux Etats-Unis, il n’y a pas de transports en commun et encore moins au Texas. Ça me rendait fou et triste.

Au final, j’étais chez moi et je jouais à la Playstation. C’était nul à chier.

Après je me suis quand même fait des potes. Je suis allé à Austin. Je suis sorti et je me suis amusé. C’est une superbe expérience et je la conseille à beaucoup de monde. Moi j’aime bien me challenger et me lancer des défis. Le problème là-bas, c’est qu’il y avait trop de trucs qui faisaient que j’étais mal dans ma vie personnelle. 

(Crédit: GEICO)

“Je ne suis pas parti pour les études. J’y suis allé parce que je voulais connaître la NCAA.” 

Pour quelles raisons n’as-tu pas réussi à trouver tes marques ?

J’y allais pour être en finale aux Nationals et faire des perfs. Sauf que l’on ne peut pas tout contrôler. C’est la faute de personne.

C’est juste que moi, je n’ai pas réussi à m’adapter. Je pense à Grenoble, j’ai mes repères et cela m’a manqué aux Etats-Unis. J’aime trop être en France avec ma famille et mes amis. J’ai besoin de cette atmosphère pour faire de l’athlétisme à haut niveau. Là-bas, j’avais l’impression d’être tout le temps dedans parce que je n’avais pas d’autres moyens de distraction que l’athlétisme.

Cependant, je n’ai pas envie que les gens pensent que ça s’est mal passé. Texas State et le programme d’athlétisme ont toujours tout fait pour moi, je les remercie. Après, il y a eu des gens dans l’équipe éducative qui ne comprenait pas ma situation et ça m’a énervé en soi. J’aurais pu repartir.

Cependant, je vais avoir 25 ans l’année prochaine et ça va être un moment où je n’aurais plus le choix. Il faut que je perce dans l’athlétisme. C’est trop risqué de repartir dans un endroit où je ne maîtrise pas toutes les conditions.

Quel cursus as-tu choisi là-bas et as-tu apprécié les cours ?

Je faisais un master en études interdisciplinaires. Mais, les cours, je n’aimais pas du tout et j’en voyais aucun intérêt. Je faisais des cours du soir avec des adultes et ça me faisait finir à 21h30. Quand j’y repense maintenant, je me dis que c’était intéressant mais quand j’étais là-bas, ça me sortait par les yeux.

C’était intéressant mais je ne voyais aucun intérêt dans ce que je veux faire plus tard. Donc, je n’avais pas de motivation. 

Pourquoi avoir choisi Texas State et de partir aux Etats-Unis ? 

J’aime bien les nouveaux défis et j’étais déjà parti à l’étranger pendant mes études.

Je suis allé un an en Espagne. Je m’étais dit que je suis capable à m’adapter à un autre entrainement et, en vrai, je ne suis pas parti du tout pour les études. J’y suis allé parce que je voulais vivre ce qu’était la NCAA.

Pourquoi Texas State ? Parce qu’il y avait Fabien Corbillon.

C’est un entraineur français de combiné avec qui je parlais et avec qui tout s’était superbement bien passé au téléphone. D’ailleurs, je tiens à le remercier parce que c’est vraiment lui qui m’a aidé à ne pas péter un plomb aux Etats-Unis. Il a toujours été disponible pour moi et j’ai passé de superbes moments avec lui.

S’il y a des gens qui veulent faire des combinés aux Etats-Unis, je les conseille d’aller voir Fabien Corbillon. Il mérite vraiment que l’on y aille et qu’on passe du temps avec lui.

“C’est plus organisé et l’entrainement est beaucoup plus précis.”

La façon de t’entrainer a-t-elle changé à Texas State ? As-tu progressé sur certains aspects ?

Je pense avoir fait beaucoup plus de musculation là-bas.

Enfin, je n’ai pas envie que l’on pense que les Américains font faire de la musculation à outrance. Ce n’est pas forcément vrai. C’est normal que j’en fasse plus maintenant. Et, puisque j’ai progressé en musculation, je suis plus fort et je pense avoir progressé sur certains lancés. 

En France, je fais très peu de plot ou de drills. Là-bas, j’en faisais un peu plus. Un truc qu’y est aussi vrai, c’est que je fais à la carte en France. Je n’ai pas forcement de plan. Mon entraineur les a en tête.

Aux Etats-Unis, Fabien Corbillon te donne tous les plans. C’est noté deux semaines à l’avance, c’est plus organisé et l’entrainement est beaucoup plus précis. 

(Crédit: Texas State Athletics)

“J’ai connu un début de pubalgie et après j’ai eu des problèmes aux ischios.”

Qu’est-ce qu’il t’a manqué pour être dans le Top 12 national ?

Réellement, ce qu’il m’a manqué, c’est que j’étais pas bien dans le reste de ma vie. Ce n’est pas un environnement que j’ai apprécié. Je n’avais pas assez de contrôles sur tout ce que je faisais autour, et du coup, je n’étais pas suffisamment en place dans mon université et dans ma vie. 

Et puis, je me suis blessé : j’ai connu un début de pubalgie et après j’ai eu des problèmes aux ischios-jambiers.

L’athlétisme, je me mettais plein de pression pour rien.

Je n’ai pas réussi à m’adapter comme il fallait au système là-bas. Après, je ne pense pas que ça vient de l’entraînement. C’est vraiment le reste de ma vie. On ne soupçonne pas assez ça. On ne se rend pas du tout compte dans l’environnement dans lequel en vie et cela a un impact sur nos performances.

Après il y a plein de choses qui ne se sont pas passées comme il le fallait. Les cours là-bas, c’était horrible. Je détestais ça. Et tout cela a impacté mes résultats.

“Il y avait une ambiance géniale aux [championnats] de conférence.”

Quelle expérience tires-tu de tes premiers championnats de conférence Sun Belt ? D’ailleurs, tu réussis à remporter le titre en étant blessé. 

Il y avait une ambiance géniale aux [championnats de] conférence. On était les favoris mais on n’a pas réussi à perfer. Ce n’est pas très grave en soi. En tout cas, j’avais fait ce que j’avais à faire et je les gagne en étant blessé.

En vrai, il n’y avait pas un gros niveau dans ma conférence. J’ai obtenu le record de ma conférence alors que je fais ma pire saison depuis trois ans. J’ai appris que je peux faire des performances en étant blessé et il ne faut pas douter. Le niveau était plus bas qu’en France en Sun Belt, je n’étais pas vraiment impressionné.

Pour moi, c’était banal. Je n’avais absolument pas le droit de ne pas gagner. 

Quel était tes objectifs pour cette première saison universitaire ?

C’était de ma qualifier pour la finale nationale. Il n’y avait que cela qui m’intéressait. Je voulais voir ce que c’était, surtout qu’aux Etats-Unis, il n’y a pas mieux que cette compétition.

(Crédit: Texas State Athletics)

“J’ai de la chance : j’habite à la campagne et je ne suis pas trop gêné pour aller courir.”

Comment s’est passé ton retour en France ?

Mes parents sont venus me voir durant les vacances, pendant qu’on était en Floride. Ils m’ont dit : tu rentres avec nous parce que ça va être le bordel ici. Et mis à part que toutes mes affaires sont restées à Texas State, et bien, ça va.

Comment continues-tu à t’entraîner ?

Par rapport à l’entraînement, j’ai de la chance : j’habite à la campagne et je suis pas trop gêné pour aller courir. J’ai une côte devant chez moi, un banc de muscu et une cage de squat. J’ai de quoi m’entraîner. 

À la moitié du confinement, je suis parti avec mon entraineur français, Phillipe Collet et je l’ai rejoint dans sa maison de campagne pour continuer à s’entrainer là-bas. Depuis que l’on sait que les compétitions reprennent en octobre, je ne fais plus grand chose. 

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mdr l’ombre à santi

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“Je fais du foot, je profite et je vois mes potes. Je fais des trucs comme-ci j’étais en vacances.”

As-tu déjà des objectifs en tête pour le futur ? Est-ce  que tu comptes participer aux championnats de France en septembre ?

La saison est tellement particulière que j’en n’ai pas. Je suis pas trop quelqu’un qui parle d’objectif à long terme. En vrai, je n’ai jamais été à dire “je veux faire ci ou faire ça”. Je prends les choses comme elles viennent.

Là on va dire, je prends un peu des vacances. Je fais du foot, je profite et je vois mes potes. Je fais des trucs comme-ci j’étais en vacances. Apres, en été, je m’entraînerais sérieusement. Maintenant, je prends une petite pause pendant deux semaines avec moins d’entrainements. Mon objectif est juste de revenir à un bon niveau pour attaquer convenablement la saison prochaine.

Je pense m’inscrire aux championnats de France mais ça va être compliqué de les préparer car, ensuite, je dois courir la saison en salle.

Quel conseil donnerais-tu un jeune français qui a envie de partir aux Etats-Unis ?

Ne partez pas aussi tard que moi.

Moi, je suis parti trop tard, je pense. J’étais [à Texas State] à 23 ans avec des petits de 18-20 ans. On ne s’en rend pas compte, mais, ça fait une énorme différence d’adaptation. C’est compliqué de trouver des vrais repères et des vrais amis. À 23 ans, tu n’es pas aussi ouvert, je pense.

La NCAA, tu prends l’avion et tu voyages dans tous les Etats-Unis. C’est un truc de fou. 

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