Stephen F. Austin Athlétisme 4x400 Nationals 2021
(Crédit photo : Stephen F. Austin Lumberjacks Athletics)

Hadrien Choukroun (S.F. Austin) : “on doit trouver les mecs qui vont être bons avant qu’ils soient bons.”

La NCAA n’attire pas seulement des athlètes-étudiants français au sein du circuit d’athlétisme universitaire. Des entraineurs venus de l’Hexagone s’exportent, aussi. Comme à Stephen F. Austin, une école de plus de 13.000 étudiants à Nacogdoches dans l’est de l’Etat du Texas. Hadrien Choukroun y dirige le groupe de sprints, sauts, haies, épreuves combinés et relais du programme d’athlétisme des Lumberjacks.

À ce poste, il est accompagné de Lionel Nau, franco-haitien, qui est son assistant coach en sprint, saut et haies.

En exclusivité pour Midnight on Campus, les deux français reviennent sur leur parcours, leur poste d’entraîneur et sur l’athlétisme universitaire aux Etats-Unis.

Stephen F. Austin a terminé à la 13ème place des NCAA Championships Outdoor en 2020-21. Un excellent résultat pour cette petite université. Par ailleurs, lors de cette dernière compétition, les Lumberjacks ont connu leur premier champion universitaire masculin de leur programme grâce à Branson Ellis à la perche.

Et ils ont créé la surprise avec une belle 2ème place sur le 4x400m masculin en 3’01″52. Le dernier relayeur Auhmad Robinson de S.F. Austin a réalisé un impressionnant 43″82 lancé (alors que son record est de 45″61 en individuel).

Les accomplissements de Stephen F. Austin en 2021 :

  • 4 athlètes qualifiés aux US Olympic Team Trials
  • 1er homme champion universitaire du programme en outdoor avec Branson Ellis
  • 5 athlètes avec le statut de First Team All-American
  • 13ème de la compétition par équipes chez les hommes en outdoor
  • Sweep en outdoor avec le titre féminin et masculin en Southland Conference
  • Titre en Southland Conference en indoor chez les hommes

Hadrien Choukroun : “Dans les gros programmes, c’est intéressant car tu apprends énormément.”

Hadrien Choukroun est arrivé comme athlète-étudiant en 2010 à Benedict College. Ensuite, le français a commencé à entrainer pour aider son head coach.

Après un master et avoir entraîné en tant que volontaire, il finit par trouver un poste à l’Université de South Carolina sous la houlette de Curtis Frye. À cet endroit, il avoue y avoir appris énormément… malgré un manque de liberté. 

Dans les gros programmes, c’est intéressant car tu apprends énormément.

Tu as des athlètes incroyables mais moins de liberté, parce que tu as des head coaches avec un gros charisme et une grosse carrière derrière eux. Donc tu es là pour mettre en place leur vision. Après ça dépend des programmes. Mais où j’étais, c’était comme ça.

explique Hadrien Choukroun au micro de Midnight On Campus.

Son collègue, Lionel Nau a connu un parcours très different.

Lionel Nau Stephen F. Austin Athlétisme 2021
(Crédit photo : Stephen F. Austin Lumberjacks Athletics)

Il est d’abord venu sur le sol américain pour des vacances. Son père originaire de Haiti avait toute sa famille proche aux Etats-Unis. En 1991, il obtient une carte de résidence. Il grandit et suit un cursus au lycée à Boston. Mais, suite au décès de son père, il retourne en Alsace, à Strasbourg. Il revient à nouveau sur le sol américain en 2000 pour concilier sport et études à l’Université de South Carolina State.

A l’inverse de Hadrien Choukroun, à la suite de sa carrière d’athlète, il travaille dans le marketing et pour une chaîne de télévision. 

En 2012, j’ai débuté en tant que coach volontaire en Georgie, à Paine College, durant un an. Puis je suis allé à Charlotte Queen’s Univerity pour un job de coach volontaire pendant 3 ans. Ensuite, mon patron (Jim) m’a poussé à postuler à toute sorte de poste d’assistant, head coach, etc…

Il m’a aidé à trouver un travail dans le Tennessee à Tusculum, où j’ai débuté dans un programme en étant head coach pendant 3 ans et demi. J’y ai envoyé 6 athlètes aux Nationals en Division II dont Widchard Guervil 6″68 sur 60m, 10″30 sur 100m et 20″89 sur 200m. Et, tout au long de ce parcours, on échangeait avec Hadrien.

Après, je me suis rendu dans le Conneticut. J’y suis resté pendant 2 ans où j’ai entrainé le saut en Division I. Et, Hadrien m’a contacté. Il m’a dit qu’il cherchait un coach pour le sprint. Il a donné mes références à notre patron. Au début, il avait quelqu’un d’autre dans la tête puis il est revenu vers moi.

raconte Lionel Nau au micro de Midnight On Campus.

La vie d’entraineur assistant ? “Je peux me permettre de faire des erreurs” à S.F. Austin

Aujourd’hui, les deux entraineurs français se sont retrouvés à Stephen F. Austin, au sein d’un programme en constant progrès. Hardien Choukroun a éprouvé des difficultés à quitter son ancien programme.

Mais, depuis, le français s’est épanoui à ce nouveau poste dans le Texas. Et voilà bientôt 4 ans qu’il est installé à Nacogdoches.

C’est un peu par défaut que j’ai rejoint Stephen F. Austin. Je voulais surtout partir d’où j’étais. Aujourd’hui, je suis super content. C’est ce que j’avais besoin.

Tu n’as pas le droit à l’erreur dans les gros programmes.

À S.F. Austin, je peux me permettre de faire des erreurs.

Après, pendant le 4×4 de SFA en 3’01, je regardais les autres coachs. Ils tiraient une tête (rires). Pour nous, les Nationals ne sont que du bonus. Si on se débrouille bien, tant mieux. Cela donne de l’attention sur les jeunes et sur l’université. Et notre administration est contente.

On n’a pas la même pression que des grosses facs. Ils sont obligés d’avoir des résultats. S’ils ne sont pas dans le Top-10 ou Top-15, ils ont rendez-vous avec le head coach et on leur dit : “je te paye pour quoi ?”.

On n’a pas tout ça chez nous. Je suis content d’être à Stephen F. Austin.

admet Hadrien Choukroun au micro de Midnight On Campus.
Hadrien Choukroun Stephen F. Austin Athlétisme 2021
(Crédit photo : Stephen F. Austin Lumberjacks Athletics)

Depuis cette année, Hadrien Choukroun et Lionel Nau collaborent ensemble. Hadrien coordonne un peu tout tandis que Lionel Nau s’occupe le plus souvent du sprint court.

Cette saison, les deux compères français ont dû gérer un groupe compliqué. Ils doivent discipliner, structurer, professionnaliser et veiller à ce que les jeunes se rendent en cours. Le métier d’entraineur assistant est un job à plein temps. Contrairement à d’autres, ils vivent de leur métier.

Cette saison, Stephen F. Austin est composé d’une équipe de 107 athlètes dont plus d’une vingtaine dans leur groupe pour le sprint. Pour les heures d’entraînement, la NCAA leur impose une limite de 20 heures hebdomadaires durant la saison régulière et de 8 heures durant la saison off. Toutefois, les Lumberjacks pointent à 10-15h d’entraînement par semaine. 

On est payé à plein temps pour faire ce que l’on fait. Tu peux vivre du coaching.

Si je résume un peu, tu passes ta journée à réfléchir comment entrainer tes athlètes et comment recruter des nouveaux athlètes pour continuer à construire ton équipe. C’est très passionnant. Comme on fait partie d’une université, on a pas mal de choses à mettre en place. Tous les weekends, on fait des compétitions. Ce qui veut dire beaucoup d’administratif.

Pour comparer avec la France, les interclubs, c’est tous les week-ends pour nous. Donc il y a énormément de travail pour organiser ces compétitions et les déplacements. On ne peut pas juste arriver dans le bus et partir.

À Stephen F. Austin, je suis responsable des vêtements et des chaussures. Dans d’autres universités, comme à South Carolina par exemple, quelqu’un est payé pour faire ça.

En résumé, je passe mes journées sur la piste de 10h à 18h non stop. 

explique Hadrien Choukroun au micro de Midnight On Campus.

Hadrien Choukroun : “À SFA, on doit trouver les mecs qui vont être bons avant qu’ils soient bons.”

Stephen F. Austin mise sur un recrutement de jeunes pas spécialement encore développés. C’est pourquoi, ils doivent faire face à la concurrence des grosses universités sur le marché.

Et, pour réussir son recrutement, le staff doit trouver d’autres moyens pour attirer les jeunes prometteurs dans son équipe. 

On a réussi avec des jeunes peu développés. Par exemple, on a couru notre relais 4x400m avec un walk-on. C’est-à-dire un athlète sans bourse. Et il y avait aussi un autre avec une bourse de $2000 ce qui fait rien du tout. Sur ses deux-là, tu en as un à 46″1 sur 400m. Et un autre à 51″0 au 400m haies et 45″7 sur 4x400m lancé.

Dans n’importe quelle université des Etats-Unis, ils pourraient avoir des bourses complètes avec ces temps-là.

Les mecs sont passées de rien à un niveau national. Aujourd’hui, l’athlète en 45″7 lui permettrait de se retrouver dans le relais français olympique.

À ce niveau, c’est compliqué de savoir comment un gars en 49s- 50s peut tomber à 45s à l’université. Quand tu construis ton équipe, tu peux prendre des mecs qui font 49s et leur donner une chance. Le truc c’est qu’il y en a 1 sur 30 qui vont devenir un mec comme ça. On essaye de trouver un juste milieu.

Avec notre objectif de se trouver dans le Top-25 aux NCAA Championships, on tente de prendre des mecs en 46s. Mais c’est gars-là, ils ont aussi les grosses universités sur eux et on a peu de chance de les faire signer. En exemple : Auhmad Robinson a sorti un 47″0 dans sa dernière année de lycée. Quand on le signe, c’est un an avant pour son relais avec l’équipe. Il court dans les 47s mais rien d’extraordinaire. Sa dernière année, il court mieux. Il fait 20″91 (-1.4). S’il avait fait ce temps avant qu’on le signe, il ne serait pas chez nous.

À Stephen F. Austin, on doit trouver les mecs qui vont être bons avant qu’ils soient bons. Le recrutement est très compliqué.

raconte Hadrien Choukroun à Midnight On Campus.

Lionel Nau : “Il faut faire croire les athlètes en eux.”

À Stephen F. Austin, les deux entraineurs français sont dans l’optique d’accompagner l’athlète pour qu’il se dépasse. Leurs outils ? Ils misent sur l’écoute et l’adaptation à chaque athlète. 

C’est très psychologique quand on demande d’emmener le corps à plus haut niveau. Il faut progressivement écouter les athletes et voir comment ils répondent. Il y a beaucoup de choses à prendre dans le contexte.

Ma philosophie est assez simple : il faut préparer les athlètes pour des opportunités.

Quand ils en ont, il faut les faire croire en eux. Par exemple, dans la chambre d’appel avant la course du 4x400m, Hadrien peut dire aux jeunes : “aujourd’hui, les gens disent que vous allez finir 7ème. Mais est-ce qu’on est venu ici pour faire 7ème ? Non, on est venu pour gagner.”

La première chose est de faire croire l’athlète en lui.

explique Lionel Nau à Midnight on Campus.

Hadrien Choukroun n’a pas vraiment de philosophie d’entraînement.

Toutefois, une phrase revient souvent depuis son arrivée aux Etats-Unis : « on court tous les jours ».

Quand je suis arrivé, je disais à mes copains : on court tous les jours.

Je regardais une interview de Jimmy Vicaut. Il dit pareil. Maintenant ça me paraît tellement normal, même nos sauteurs, il courent tous les jours. On va faire une séance de saut, et à la fin, ils se mangent un 3x120m. En terme de volume, on fait beaucoup plus mais la demande est beaucoup plus élevé. Les gens courent beaucoup plus.

Apres, cette année, on a composé avec un groupe où la moitié n’était pas en bonne santé physique.

Une des raisons, c’est qu’ils ne prennent pas soin de leur corps. Une de nos lignes de direction pour la saison estivale a été “Let the track talk for us”. Laisser la piste nous dire ce qu’il faut faire. Si on n’est pas capable de faire un 500m en passant au 400m à 5-7s plus lent que son record, […], cela veut dire que tu n’es pas prêt à courir.

Alors, beaucoup n’ont pas couru en début de saison parce que la piste nous disait qu’il n’était pas encore prêt.

Après le 47″7 de Auhmad Robinson, on a laissé la piste parler pour lui. Tant qu’il ne pouvait pas s’entrainer au même niveau, il ne pouvait pas courir en compétition. Et il n’a pas couru jusqu’aux championnats de conférence. 

raconte Hadrien Choukroun à Midnight on Campus.

Depuis son installation en Outre-Atlantique, Hadrien Choukroun remarque aussi une grande différence entre l’européen et l’américain vis-à-vis de leur rapport à l’athlétisme.

Le rapport à l’athlétisme des athlètes américains par rapport aux athletes européens est totalement different.

Beaucoup sont dans l’athlétisme parce qu’ils ont de la réussite au lycée. Le sport est très valorisé. Ce sont des superstars dans leur école. Et, en plus, cela permet d’accéder à l’université. La plupart des jeunes que l’on a viennent d’un milieu défavorisé. Pour eux, c’est le seul moyen d’accéder à l’université. Ils seraient incapable de payer pour [y accéder]. Leur niveau scolaire n’est pas aussi bon que certains jeunes ayant papa et maman pour payer des tuteurs toute l’année. Donc, ils ne peuvent pas recevoir des bourses grâce à leur niveau scolaire. Leur seul moyen d’accéder à des études supérieures est le sport.

Les motivations sont très extrinsèques.

Contrairement à la France, où tu peux être champion national et personne ne le sait dans ton collège. Limite tes profs te disent que tu n’as pas le temps de faire du sport. Il faut que tu travailles.

Le rapport à la pratique du sport aux Etats-Unis est très different à celui de l’Europe. Ils aiment bien sentir les choses et s’adapter. Ici, tu cours car tu reçois une bourse à la fin. Tu ne réfléchis pas spécialement sur ta pratique. Tu en as qu’ils le font, mais, beaucoup ne le font pas. C’est vrai qu’on ne parle pas trop de la motivation intrinsèque des jeunes aux Etats-Unis. En Europe, on en parle car s’ils en ont pas, ils ne restent pas en athlétisme.

Ça ne paie pas leurs factures, leurs études et ça peut même les empêcher de faire des études. 

explique Hadrien Choukroun au micro de Midnight on Campus.

Hadrien Choukroun : “Aux Etats-Unis, […] ils sont très efficaces sur ce qu’il travaille et simplifient énormément les choses.”

On dit souvent que les américains mettent la technique de côté au profit de la charge d’entrainement. Cependant, pour les deux entraineurs français, c’est encore un préjugé.

Et Hadrien Choukroun tient une explication à ce sujet. 

Certains jeunes sont tellement talentueux.

La dernière ligne droite dans le relais de Auhmad Robinson est bonne, techniquement. Alors que le mec ne fait pas de gammes correctement et qu’il ne sait même pas faire des gammes d’échauffements correctement. Par contre, quand il se retrouve en lactique, il est fort.

Pour des athletes très talentueux, la technique se met souvent en place quand il se retrouve dans une situation de compétition.

C’est aussi pourquoi certains sont sous-développés du point de vue de la technique sur des éléments basiques. Parce qu’ils n’ont jamais eu besoin de les travailler. En France, on est les rois du pied et on en parle souvent. Ici, aux Etats-Unis, on n’en parle quasiment pas. Pourquoi ? Parce que tu as 15 sprinteurs aux Nationals à 10″0 ou plus rapide. Je peux dire qu’ils ont du pied. Mais il se met en place automatiquement lorsqu’il court vite. Ce sont des choses, entre guillemets, que tu n’as pas à travailler avec ces athlètes.

Mais, quand tu n’as pas ces athlètes ? Nous (à Stephen F. Austin, ndlr), on obtient des résultats parce qu’on arrive à développer les jeunes. Et, justement, on incorpore un développement du rapport à la technique et le travail du pied comme en France.

Je pense que c’est une des raisons que nous réussissions avec nos athlètes. Oui, il y a ceux qui sont forts et qui seraient forts n’importe où. Cependant, il y a aussi ceux qui sont moins fort et que l’on arrive à développer grâce à notre passé.

Selon moi, le français ou l’européen possède des méthodes de développement un peu plus poussé que dans d’autres cultures.

explique Hadrien Choukroun au micro de Midnight on Campus.

Je trouve aussi qu’en Europe, parfois, on se concentre sur des détails peu importants.

Ce n’est pas qu’ils ne font pas de technique aux Etats-Unis, c’est plutôt qu’ils sont très efficaces sur ce qu’il travaille et ils simplifient énormément les choses. Si c’est assez bon, on ne va pas continuer à travailler sur des détails qui ne vont avoir quasiment aucun impact sur la performance.

On se prend la tête en Europe sur des détails pendant des heures et des heures, à faire des gammes sur les haies, et après tu vas à vitesse max. Cela n’a rien à voir. On me demande avec quel genre de gammes j’entraine les haies. Tout simplement. On court sur les haies et c’est tout. On fait du 4 appuis dès la deuxième semaine d’entraînement. La seule chose que je change, c’est de réduire les écarts et la distance.

On travaille notre technique comme ça. Je ne fais pas 15 milliards de gammes.  

admet Hadrien Choukroun au micro de Midnight On Campus.

Le français admet tout de même que l’européen possède un meilleur rapport au corps. Toutefois, il est totalement faux pour lui de dire que l’américain ne travaille pas sa technique. 

Je critique [le rapport au corps aux Etats-Unis], mais bon, c’est aussi pourquoi ils sont très bons en Europe dans le développement des jeunes. Ils incorporent cela dans les entrainements. Et, du coup, les jeunes se retrouvent avec un meilleur rapport au corps qu’aux Etats-Unis.

On ne leur parle jamais de ces choses-là.

Ladji Doucouré, qui est un bon ami, a couru les 3/4 de sa carrière dans les blocs avec la tête relevée alors qu’il est l’un des meilleurs hurdleurs que l’on n’est jamais eu en France. La technique, c’est bien. Après, il n’y a pas que ça.

Tu regardes Sha’Carri Richadrson sur le 100m et une fois qu’elle est relevée, elle est nickel. Cela a été travaillé depuis l’université à LSU. C’est une mauvaise idée de croire que les Etats-Unis ne font pas de technique.

explique Hadrien Choukroun au micro de Midnight on Campus.

Un système universitaire, adapté au développement de l’athlète ?

Le système américain de la NCAA ou même de l’AAU interroge souvent en Europe. À vrai dire, on se demande même : pourquoi le système est autant bénéfique pour les américains ?

Le pays est tellement grand. 50 Etats. De plus, avec les structures universitaires, tout commence avec le système en AAU où les enfants font très tôt de l’athlétisme. Et les jeunes qui font du basketball ou du foot américain viennent à l’athlétisme faire des haies ou de la hauteur.

Les athlètes se devoleppent en faisant plusieurs sports. Il ne se spécialise pas trop.

Grâce à cela, ils ont le temps pour se développer. Et quand ils arrivent dans une structure telle que celle de la NCAA, qui les aide à se préparer pendant 4 ans, cela donne une opportunité à des jeunes de se rendre aux Nationals.

Cela peut-être une bonne transition avant de courir au plus haut niveau. 

raconte Lionel Nau au Micro de Midnight on Campus.

De plus, grâce au système universitaire en place avec la NCAA, on remarque une différence chez les athlètes américains. Les lycéens américains qui ont zappé le passage de la NCAA mettent souvent du temps à confirmer leur grande performance de leurs années cadet ou junior. Certains stagnent et ne progresse plus.

Aujourd’hui, ils sont d’ailleurs très peu comme Allyson Felix ou Noah Lyles à réussir le passage du lycée à l’univers professionnel. 

Premièrement, je pense que ça peut venir du choix de l’entraineur.

Un coach professionnel ne veut pas spécialement dire qu’il sait développer un athlète. Alors que les entraineurs universitaires sont là pour développer les athlètes. Par exemple, Bob Kersee a entraîné au lycée puis à l’université. Il a été un coach incroyable avant de devenir un coach professionnel à succès. Il savait ce qu’il avait à faire avec Allyson Felix. 

À l’université, on travaille l’aspect de la spécialisation quand tu passes de lycée à université.

Grant Holloway a participé à du 4x400m, 60m en salle, longueur, etc… à l’Université de Florida. Il n’était toujours pas spécialisé. Alors que les jeunes qui passent professionnel [à la sortie du lycée], on les spécialise directement. Il ne court pas de relais. Pour le développement de la vitesse, le relais est important non seulement sur un aspect ludique mais aussi sur un aspect performance et dépassement de soi. Tu cours pour ton équipe.

Et il faut prendre aussi en compte que le niveau américain est incroyable. Cette année, tu te retrouves avec 2 filles en 10“7 sur le 100m universitaire féminin. Les américains devraient tous passer par le système universitaire pour l’expérience de courir en équipe et gagner un championnat. C’est une sensation incroyable.

raconte Hadrien Choukroun au micro de Midnight on Campus.
Imani Nave Stephen F. Austin Athlétisme 2021
(Crédit photo : Stephen F. Austin Lumberjacks Athletics)

Hadrien Choukroun : “Personnellement, je ne sais pas si j’aurais autant de motivation en France.”

Les 2 entraineurs français de S.F. Austin travailleront-ils à nouveau un jour en France ?

La réponse est mitigée avec 2 sons de cloche différents.

Je ne sais pas. Je ne pense pas ne pas pouvoir rentrer. Si je le fais, ce serait pour travailler dans une petite structure avec un peu d’athlète et non dans l’éducation. 

admet Lionel Nau au micro de Midnight on Campus.

En effet, du point de vue de Hadrien Choukroun, il paraît tellement bien installé à Stephen F. Austin qu’il serait très difficile de le voir autre part.

Personnellement, je ne sais pas si j’aurais autant de motivation en France. L’athlétisme n’est pas vraiment un sport d’équipe.

Après, c’est vrai que si je devais rentrer en France, j’aimerais beaucoup construire quelque chose d’un peu similaire en adaptant avec ce qu’il se fait en France avec la reprise d’une structure sport-étude. Avec un état d’esprit de coéquipiers même si on ne court pas en tant qu’équipe.

En gros, ça ne me dérangerait pas de rentrer en France et de faire profiter de mon expérience américaine. 

explique Hadrien Choukroun au micro de Midnight On Campus.

A l’instar d’autres programmes d’athlétisme en NCAA, l’effectif de Stephen F. Austin compte des athlètes français telle que Mathilde Coquillaud-Salomon ou la nouvelle recrue Iman Jean. À l’avenir, ils aimeraient bien créer un pôle ou un moyen de faciliter l’arrivée des français aux Etats-Unis.

Il est difficile de faire venir les athlètes français.

Je ne sais pas si cela vient de la différence d’éducation ou de la langue. Si on compare avec un pays proche comme l’Allemagne, ils ont beaucoup plus de facilité avec la langue et pour passer le TOEFL.

Il serait bien de créer un partenariat avec les clubs français. Cela pourrait être du gagnant-gagnant pour tout le monde, que ce soit pour les clubs français et les athlètes. Ils pourraient avoir une vision différente du sport et cette structure permettrait de préparer pour les championnats de France cadets, juniors, espoirs voire élite. 

explique Lionel Nau au micro de Midnight on Campus.
Mathilde Coquillaud-Salomon Stephen F. Austin Athlétisme 2021
(Crédit photo : Stephen F. Austin Lumberjacks Athletics)

“On laisse partir mais sans vraiment laisser partir.”

Toutefois, selon Hadrien Choukroun, le problème actuel est que l’athlète français arrive aux Etats-Unis avec beaucoup d’appréhension. Les athlètes reçoivent souvent des discours négatifs du circuit universitaire et arrivent avec la peur au ventre et de gros doute sur le programme d’athlétisme.

“Attention, les Etats-Unis vont te blesser”.

“Tu vas revenir cramer en France.”

Tout d’abord, il faut savoir qu’il existe à peu près 8.000 coaches et qu’ils entrainent tous différemment. Un tel discours n’aide pas forcément les athlètes. Ils arrivent bloquer [aux Etats-Unis].

Ils ont peur et ils ne font pas confiance à l’entraînement et au système. Et, pour nous, c’est compliqué. Ils ne nous font pas confiance et ils sont énormément sur la réserve. Ils n’apprennent pas à se dépasser. Quand je suis arrivé ici, je me suis retrouver à m’entraîner avec des mecs, pantalons sous les fesses, en Jordan. Et ils me bottaient les fesses alors que j’étais en cuissards (rires). Les mecs me detruissaient.

Mentalement, j’étais très faible.

Au lieu de se dépasser mentalement, les athlètes se bloquent. “Ça va me blesser ou c’est trop”. Il existe un problème de confiance et s’ils n’ont pas confiance, c’est souvent parce qu’il y a des discours négatifs. Il faut essayer d’apprendre et de partager pour que nos athlètes courent au plus haut niveau possible, américain comme français. Il n’y a aucun intérêt à dire à un athlète : “attention, tu vas te blesser”. C’est juste une question d’égo.

On laisse partir mais sans vraiment laisser partir. Aucun système n’est parfait.

La densité permet de se dépasser et c’est une expérience incroyable. La pratique de l’athlétisme en Europe et celle aux Etats-Unis, on pourrait presque parler de 2 sports différents.

explique Hadrien Choukroun au micro de Midnight on Campus.

Pour les compères français installés dans l’Etat du Texas, le programme d’athlétisme universitaire aide à se dépasser.

Mathilde Coquillaud-Salomon est un de leurs meilleurs exemples.

L’athlète nantaise a enchainé les victoires sur le 100m haies en 13″46 (+3.2) et le 400m haies en 59″68 lors des championnats de conférence Southland. Puis, elle termine 3ème de la hauteur avec un saut à 1.70m dans la même journée.

On est loin d’imaginer ce qu’un athlète peut faire.

Souvent on dit que tu ne peux pas alors que des choses incroyables peuvent se passer.

Avant le 4x400m des Nationals, j’étais certain que l’on allait gagner et sortir un truc de malade. Donc on (les entraineurs) n’était pas surpris par le résultat. On était plus étonné que les gens nous disent qu’on finirait 7ème.

On se disait dans notre tête qu’on allait battre tout le monde.

raconte Hadrien Choukroun au micro de Midnight On Campus