J'étais au Sun Devil Stadium et j'ai souffert à plus d'un titre pour Arizona State.

Epuisant.

Ce serait bien le mot le plus précis et complet pour décrire mon expérience au Sun Devil Stadium, pour la rencontre au sommet entre Arizona State et #15 Michigan State. Une rencontre qui a monopolisé les esprits des supporters locaux depuis l’annonce de la série entre les deux universités, mais surtout une rencontre qui a délivré un résultat que les supporters locaux espéraient malgré leur statut d’underdog.

Les fans de Michigan State se sont déplacés en masse à Phoenix pour cette rencontre, qui faisait office d’ultime pause estivale avant la rentrée automnale avec un soleil flamboyant et une chaleur infernale provenant tout droit des enfers. Mais faut-il croire que ces éléments se devaient d’être un signe en faveur des Sun Devils. 

 

Epuisant, oui, à cause de la chaleur.

 

42 degrés à l’ombre à 17 heures, quelques heures avant le coup d’envoi de la partie, sur le toit d’un parking pour un « taillage » entre amis dans la plus pure tradition américaine. De la bière, de la musique, des retrouvailles chaleureuses, des discussions houleuses sur les événements du jour en football universitaire et un télévision branchée sur ESPN.

La température est tombée à un « sympathique » 35 degrés au moment du kickoff à 19h45, alors que le soleil a cessé d’irradier le stade. Mais la présence de 54,000 personnes compressées dans une enceinte où, malgré les récentes rénovations, n’invite aucun brin d’air à circuler et l’arrosage du gazon provoque la montée de l’humidité à un taux digne d’une forêt tropicale.

L’air est irrespirable. Le Sun Devil Stadium, paré de noir pour un « blackout » réservé à la plus grande rencontre de la saison, transpire à grosses goutes. Et je suis à deux doigts de tourner de l’oeil tellement la chaleur est dantesque.

Mais l’engouement pour une telle rencontre n’empêche pas la « student section » d’Arizona State, pleine à craquer une heure avant le kickoff, à faire trembler le stade lors des premières minutes de la rencontre. J’ai vécu de nombreux matchs sur le campus de Tempe auparavant, et le niveau sonore atteint au Sun Devil Stadium ce samedi n’a d’égal que la rencontre face à Notre Dame en 2014. 

J’ai participé à cette rencontre en tant qu’étudiant et cela reste encore à ce jour la meilleure expérience de mon existence. #9 Arizona State écrase #10 Notre Dame sur la scène nationale, pour un score final de 55 à 31, et un bond historique des Sun Devils pour se placer dans la course au College Football Playoff.

Sauf que la situation de la rencontre contre Michigan State est différente. Arizona State n’est plus considéré comme un cador de la conférence Pac-12 et l’école s’est séparée de son head coach, Todd Graham, à l’intersaison. Herm Edwards, freshman en tant qu’entraineur en football universitaire, polarise les réactions des supporters mais incarne le futur des Sun Devils. 

 

Epuisant, aussi, à cause de la tension de la rencontre en elle-même.

 

L’air est irrespirable, mais cette fois-ci, le scénario de la partie de football est en cause. Les fans locaux pouvaient être plutôt confiants avant le coup d’envoi : aucune équipe de la conférence Big Ten n’a gagné sur le campus de Tempe depuis la création du sport.

Avant samedi, les Sun Devils avaient remporté les 9 rencontres face à une conférence qui a plus l’habitude de jouer tôt la journée et sous des températures négatives que de terminer un match après 23h et proche des 40 degrés. Demandez aux Badgers ce qu’ils pensent de Tempe : Wisconsin a subi une défaite déchirante en 2013, au terme d’une rencontre encore aujourd’hui gravée dans la mémoire des supporters d’Arizona State. 

Le scénario contre Michigan State s’est révélé tout aussi tendu, digne des rencontres classiques que l’on peut observer sur les campus de la conférence Big Ten. Les deux équipes ont proposé un niveau relativement égal avec une bataille dans les tranchées qui a rythmé la majeure partie de la rencontre. 

3-0 en faveur des Spartans à la mi-temps. Ils auraient pu espérer mieux, mais Dasmond Tautalatasi en a décidé autrement avec une interception dans son propre en-but.

Michigan State a tout de même pris l’avantage dans le troisième quart-temps avec une connexion de 31 yards entre Brian Lewerke, natif de l’agglomération de Phoenix, et son receveur Cody White pour un touchdown important, qui donnait le premier avantage de la partie supérieur à une possession (13-3). Les visiteurs avaient le momentum en leur faveur, surtout après un sublime punt de 74 yards réalisé quelques minutes auparavant, qui a coupé l’engouement général dans les tribunes. 

Sauf que Arizona State a réalisé un ultime quart-temps proche de la perfection.

Le pass-rush féroce des Sun Devils a largement dérangé Brian Lewerke, qui s’est retrouvé incapable de mener une série plus longue que 6 actions et 20 yards. Au même moment, Manny Wilkins a pris la rencontre dans ses mains et a aidé les locaux à prendre à revers une défense aérienne elle-aussi asphyxié par une atmosphère étouffante en tous points.

Les supporters avaient encore du mal à croire à un comeback à 10 minutes de la fin de l’horloge, trop souvent déçus par leur équipe ces dernières années. Les regards étaient fatigués par la chaleur, tendus par la situation de la rencontre, résignés pour certains et illuminés d’une lueur alcoolisée pour d’autres. Mais les regards se sont définitivement tournées vers le tableau des scores à la suite d’un coup de génie de l’idole du campus.

N’Keal Harry réalise certainement l’action de la rencontre et renverse le cours du jeu avec une réception magnifique de 27 yards, afin d’égaliser avec l’ennemi. 

 

Epuisant, enfin, à cause de la peur de tout voir s’écrouler dans les ultimes minutes.

 

L’équipe de football d’Arizona State s’est forgé une réputation de déchirer les coeurs de ses fans.

Vous vous souvenez de la rencontre contre Notre Dame citée plus haut ? A la suite d’une des plus belles pages de l’histoire du programme, qui a valu une 6ème place à l’AP Top 25, tous les espoirs se sont envolés en l’espace de deux semaines avec une défaite insoutenable sur le terrain d’une mauvaise équipe d’Oregon State puis en perdant la Territorial Cup face à l’ennemi héréditaire, Arizona, qui remportait grâce à ce succès le titre de division Pac-12 South.

Ce moment était bien ancré dans les esprits des fans lors du dernier quart-temps, surtout lorsque Manny Wilkins retrouvait le ballon dans ses mains, à 4min50 de la fin du temps réglementaire, avec une chance de remporter une rencontre marquante dans la nouvelle ère menée par Herm Edwards.

Les fans avaient du mal à y croire, mais la lumière s’infiltrait peu à peu au travers des visages usés par une journée éreintante. Eno Benjamin ramène les Sun Devils rapidement à la ligne médiane. Le defensive back de Michigan State, Justin Layne, commet une interférence de passe défensive incroyablement coûteuse sur 3rd down. Manny Wilkins utilise ses jambes pour empocher un nouveau first down et amener son équipe à distance de field goal. Et enfin, Eno Benjamin décroche un ultime first down à la porte de l’en-but adverse, qui force Mark Dantonio a utilisé son dernier temps-mort.

Arizona State faisait désormais face à son destin. Plus que deux minutes à manger au chrono avant de tirer un field goal potentiellement victorieux.

Toutes les tribunes se tenaient sur leurs jambes. Des supporters se cachaient le visage ou se tournaient, d’autres les mains sur les jambes, mais tous avaient le coeur battant à une vitesse irrésistible à quelques moments d’une victoire retentissante. Je peux vous confirmer que les deux dernières minutes ont duré une éternité. 

Le kicker des Sun Devils, Brandon Ruiz, originaire de la ville voisine de Gilbert, s’avançait avec un succès au bout du pied. Un silence de cathédrale avait pris place dans le stade, plus de 50.000 paires d’yeux en direction des poteaux.

Et puis, le soulagement. 16-13, Arizona State. « You play to win the game », comme dirait l’autre.

Une explosion de joie magistrale où tout le monde se sautait dans les bras les uns des autres. Des hurlements pour expulser plus de trois heures de tension, de souffrance et d’allégresse, alors que la montre indiquait 23h30 et que les jeunes étudiants se dirigeaient vers les bars et boites de nuit du coin pour épancher leur soif.

Ma nuit s’est révélé plutôt courte, et cette introspection est écrite avec des courbatures et une faiblesse mentale telle qu’elles le seraient à la suite d’un marathon.

Ceci est véritablement l’âme du football universitaire. Ces émotions, ces sentiments partagés et décuplés par les événements, sont réellement les raisons du succès populaire et pérenne du football universitaire. Elles nous touchent au plus profond et font appel à des cordes que l’on ne peut tirer ailleurs. Et pour rien au monde je n’échangerai ces émotions.