Le breton est à la croisée des chemins, entre un présent à succès et un futur indécis.

La Division II de la NCAA (et la NAIA) peut être considérée comme l’anti-chambre de la Division I en soccer universitaire. Si aujourd’hui la Division I est devenu un championnat phare en pleine mutation, elle le doit en particulier aux divisions inférieures, qui concentrent tous ses talents qui n’ont pas pu directement sauter le pas dans l’élite.

On ne peut parler de la Division I sans au moins évoquer les divisions inférieures du soccer universitaire. Comme vous avez pu le constater dans “Fight for the College Cup“, beaucoup de français sont passés par la Division II avant d’atteindre la Division I.

Alexandre Horveno est justement un de ces français qui évolue aujourd’hui dans l’anti-chambre du College Soccer.

 

 

Junior à Ohio Valley, le breton de 24 ans entame sa deuxième saison et dévoile l’aventure qu’il vit en Division II. Avant de poser ses valises en 2017 chez les Fighting Scots, en Virginie-Occidentale, Alexandre Horveno a évolué aux meilleurs niveaux du football français.

 

“J’étais à Saint-Nazaire en U17 national. Après je suis parti à Brest où j’ai fait 4 ans en U19 nationaux et en réserve où j’ai peu joué.Je suis ensuite rentré à Saint-Nazaire en senior DH avant de partir au Stade Bordelais en CFA2.

En CFA2, j’étais souvent dans le groupe mais je n’ai pas eu beaucoup de temps de jeu. Ensuite je suis parti aux Etats-Unis.”

 

Le rêve américain, découvrir un nouveau pays et une nouvelle culture, a été l’une des raisons qui ont poussé Alexandre Horveno à prendre ce choix.

 

“Je suis rencontré en contact avec une agence pour partir aux Etats-Unis. Après il y a toujours le fait d’avoir le rêve américain en tête, de découvrir un nouveau pays avec une nouvelle langue, etc…

A suite de cela, des universités m’ont contacté pour signer chez eux donc au final j”en ai profité pour tenter l’expérience et voir ce que ça pouvait donner là-bas. J’avais quelques amis qui y étaient mais je n’avais pas plus de retour que cela. Je voulais donc tester l’expérience et voir ce que ça pouvait m’apporter, progresser mon anglais, de découvrir les Etats-Unis.

Je suis dans une équipe plutôt sud-américaine. Je découvre la culture sud-américaine avec des joueurs colombiens, paraguayen, brésiliens, hispanique en général. C’est une bonne expérience.”

 

(Crédit photo : Ohio Valley Athletics)

Il s’envole pour les Etats-Unis et pose ses valises en Virginie Occidentale, dans la petite université de Ohio Valley. Cette petite université d’environ 600 étudiants n’est qu’à 2 heures de route de Columbus, capitale de l’état de l’Ohio. L’expérience qu’il vit depuis son arriver les Fighting Scots répond à ce qu’il imaginait.

 

” C’est à peu près comme je l’imaginais au niveau des cours et du sportif. C’est un bon niveau de football. Ça équivaut à un niveau DH, CFA 2 pour la plupart des matchs.

Pour les cours, de ce qu’on m’avait dit, c’est un petit peu plus simple qu’en France. Les exigences ne sont pas les mêmes. Le niveau est en-dessous des cours que j’ai pu avoir pour le moment. J’ai classe tous les jours mais peu de cours. Environ 2 à 3 cours par jour.

Et on a entrainement à peu près tous les soirs.”

 

Son intégration chez les Fighting Scots s’est très bien passée.

Il a reçu un rôle important dès son arrivée pour devenir ensuite un joueur majeur de l’équipe. Son entraîneur, Luis Rincon, n’est pas resté insensible à ses performances, qui en fera un cadre l’équipe dès l’année suivante. En atteste l’incroyable saison qu’il est en train de vivre, où il fait partie des meilleurs passeurs de Division II.

 

“L’année dernière, dès le début, ça s’est bien passé. Je rentrais dans les plans du head coach.

Après j’ai eu un petite période où j’ai étais suspendu, j’ai fait 3-4 matchs sur le banc. C’était un peu plus dur. L’entraîneur m’a remis dans le 11 titulaire dans un nouveau poste, latéral gauche, où ça s’est bien passé.

Suite à un match nul on est passé à un 3-5-2. J’ai donc joué tous les matchs couloir gauche. Cette année dès que je suis revenu, je rentrais dans ses plans et dans ses choix. J’ai commencé à être plus décisif que l’année précédente donc il compte plus sur moi et tant mieux.”

 

(Crédit photo : NCAA.com Stats)

L’arrivée de Alexandre Horveno a enclenché un nouveau départ pour le programme de soccer de Ohio Valley. Il fait maintenant partie des meilleurs équipes de Division II, qui n’a pourtant pas eu cette réussite dans le passé. C’est un travail de plusieurs années entamées par le head coach, une tendance confirmée par le joueur breton.

 

” Le coach est en place depuis 4 ans. Il façonne son équipe depuis 4 ans chaque année avec pas mal de nouveaux joueurs, principalement étrangers.

Quand je suis arrivé, il y avait une ossature dans l’équipe. On était 5-6 nouveaux à entrer dans le 11 de départ. Par rapport à l’année dernière, de ceux qui reste cette année, plus de la moitié de l’équipe était déjà présente.

Cette année il a créé un mix. On est 28 joueurs avec 15 nouveaux et 13 anciens. Dans le 11 de départ, on devait être 5 ou 6 à dans l’équipe l’année dernière.”

 

Ohio Valley a très bien débuté la saison avec une 7ème place dans le Top-25 de Division II, selon le classement de l’United Soccer Coach Association. Les Fighting Scots sont même devenus des prétendants à l’accession au Final Four de Division II, mais Alexandre Horveno et ses coéquipiers savent que la saison est encore longue.

Ils restent à l’heure actuelle fixés sur leur objectif premier : la conférence Great Midwest Athletic. Leur participation au tournoi national l’année dernière leur a laissé quelques enseignements.

 

“Là, on est premier pour le moment dans la conférence en saison régulière. Une équipe est à égalité avec nous et une autre qui est à 1 point derrière nous. Il faut d’abord qu’on assure la première place.

Le Final Four est un objectif mis en place dès le départ mais on n’y pense pas spécialement car c’est assez loin. Une fois arrivé au tournoi national, se sera peut-être quelque chose de plus présent dans nos têtes. Pour le moment, on va s’occuper de la fin de la saison régulière et de nos Playoffs de conférence avant de penser au tournoi national et du Final Four.

L’année dernière, on avait été invaincu en conférence et on avait juste perdu un match lors des Regionals. Cette année, les équipes ont commencé à nous craindre. Elles restaient pas mal derrière et on a connu 2 défaites. Les 2 défaites, on perd 1-0 sur 2 coups de pieds arrêtés.

Les équipes nous attendent et elles essayent d’obtenir des coups pieds arrêtés, coups franc, corners, et elles arrivent à marquer. Elles sont solides derrière et ça devient un peu plus compliqué. C’est un peu des matchs de coupe que l’on joue.

C’est à nous de rester sérieux et de ne pas penser au Final Four ou au tournoi national. Si on pense à cela et qu’on ne fait pas le travail pour se qualifier au championnat national, en accumulant encore 1 ou 2 défaites, on va sortir des 25 premiers nationaux.

On pense à chaque chose en son temps.”

(Crédit photo : United Soccer Coach Association)

Le niveau en Division II peut être comparable à celui de la DH et la CFA2 en France, mais il reste difficile à estimer tellement il est hétérogène. Le championnat fonctionne en régions, et elles ne sont pas égales à chacune. Les équipes ne font pas de voyages à l’autre bout du pays, à l’instar de ce qu’il se passe en Division I. Sans parler de la faible médiatisation.

Mais il est dit que certains des meilleurs programmes de Division II peuvent rivaliser avec ceux de Division I, ce que Alexandre Horveno tend à confirmer.

 

“Ça dépend des équipes. Il y a des équipes où il y a beaucoup de joueurs américains donc techniquement ce n’est pas très bon mais dans l’impact physique, ça y va.

En fait, c’est compliqué de comparer avec la France car en DH il y a des joueurs qui ont la trentaine et l’expérience. Ici c’est beaucoup de joueurs assez jeune. Certaines équipes possèdent un bon niveau DH, d’autres qui ont un bon niveau CFA2. C’est un peu entre les deux au niveau de la compétitivité.

L’année dernière, quand on s’est fait éliminé au championnat national contre Rockhurst, on a perdu en prolongation. Là c’était un bon match de haut tableau de CFA2 je pense. Tactiquement et techniquement, c’était plutôt propre.

Ohio Valley se trouve dans une conférence qui n’est pas la plus faible mais pas la plus réputée. Quand je vois les conférence en Floride et à New York ce n’est pas pareil. En Floride, il y a Palm Beach, Lynn, Florida Tech, Tampa, c’est plutôt pal mal. Chaque confrontation est comme un match de national pour eux. Pour nous ce n’est pas le cas.

Peut-être dans notre conférence, 1 ou 2 équipes peuvent prétendre à faire le championnat national. Et il n’y en a pas beaucoup qui propose du jeu dans notre conférence.”

 

(Crédit photo : Ohio Valley Athletics)

Les performances de Alexandre Horveno attirent forcément le regard des entraineurs de Division I, qui attendent qu’il saute le pas dans l’élite du soccer universitaire. Mais il a la possibilité d’honorer sa dernière saison avec Ohio Valley, qui l’a amené aujourd’hui à être l’un des meilleurs ailiers de Division II, ainsi qu’un prétendant à l’accession au Final Four.

Son avenir n’est pas encore décidé pour le moment.

 

“Pour le moment, je n’ai rien de précis en tête. J’attends la fin de saison et voir où on va. Mon avenir pourrait dépendre de ma fin de saison. Si on perd en Playoffs de conférence ou au premier tour du championnat national, ça changerait beaucoup de choses.

Je suis concentré pour le moment sur la saison, voir ce qu’on peut faire. Une fois que la saison sera finie, on verra, mais je n’ai pas pensé à cette optique pour le moment.”

 

A la fin de son cursus universitaire, il n’envisage pas forcément une carrière sportive, ni forcément vers un retour en France. Une fois son diplôme obtenu, il aimerait travailler aux Etats-Unis où la vie américaine lui plait.

 

“Quand je suis arrivé ici, je me voyais rentrer en France après mon passage aux Etats-Unis. Mais au final, la vie ici est plutôt bien. Je me suis fait un peu à la culture américaine et je suis intéressé pour rester ici.

Après, c’est comme partout, ce n’est pas spécialement nous qui décidons si on peut rester ou pas. Tout dépendra en fonction des opportunités que j’aurais à la fin de mon cursus scolaire. Mais j’ai le souhait de rester aux Etats-Unis.

Je ne pense pas spécialement aux opportunités sportives car je sais qu’en ayant 24 ans, il est complique d’intégrer une équipe professionnelle ou semi-professionnelle. Avec mon diplôme j’aimerais pouvoir travailler aux Etats-Unis. Il peut avoir des opportunités sportives, ça peut aller vite dans le foot. Peut-être qu’un coach peut me faire confiance malgré mes 24 ans.

Mais pour le moment je n’en sais pas plus. Je me suis pas posé pour réfléchir à ce que je pourrai faire plus tard après avoir obtenu mon diplôme.”