La NCAA se retrouve subitement avec de lourdes responsabilités concernant l'attribution des prochaines compétitions nationales entre 2018 et 2022.

En cours de semaine, l’Etat de Caroline du Nord a abrogé la loi “HB2”, qui a causé nombre de tumultes depuis son instauration l’an dernier puisqu’elle discriminait l’accès des toilettes d’établissants fédéraux aux personnes transsexuelles.

Le Gouverneur Roy Cooper a décidé de mettre en terme au “nuage qui ternissait la réputation de l’Etat en discriminant certaines personnes et faisait du mal à l’activité économique de la Caroline du Nord”. En effet, depuis la mise en place de “HB2”, plusieurs dizaines d’événements ont été délocalisés ou annulés par la NBA, la NCAA, l’Atlantic Coast Conférence (ACC) et une flopée de représentations culturelles.

Parmi l’actualité chaude, un site du First Round de la March Madness a été déplacé à Greenville (Caroline du Sud) alors qu’il devait initialement se produire à Greensboro (Caroline du Nord). Des finales nationales dans différents sports universitaires ont également été délocalisé dans d’autres Etats que celui de la Caroline du Nord.

Cependant, l’abrogation n’est pas parfaite.

Les représentations politiques de l’Etat ont voté un compromis avec la loi “HB142”, qui abroge effectivement “HB2” mais qui instaure d’autres règles qui ne ravit pas les associations LGBTQ de Caroline du Sud. Elle empêche notamment les gouvernements locaux de pouvoir acter n’importe quelle ordonnance concernant la protection contre les discriminations jusqu’en 2020.

Ce dernier coup de théâtre met la NCAA et les instances universitaires dans l’embarras, puisqu’elles doivent désormais imposer une vision morale et politique avec leurs actions.

L’abrogation de “HB2” n’est pas anodine : la NCAA doit voter le 18 avril prochain l’attribution des championnats universitaires pour les saisons 2018 à 2022 aux villes qui se sont portées candidates. L’Etat de Caroline du Nord possède pas moins de 130 demandes au cours de ces cinq années.

Une étude de l’Association Sportive de Caroline du Nord a calculé que si l’Etat perdait les droits d’accueillir ces événements sur son sol à cause de “HB2”, le manque à gagner sur le plan économique reviendrait à environ $250 millions (l’Associated Press a également calculé que l’Etat a engrangé près de $71 millions lors des 28 événements organisées par la NCAA ces cinq dernières années).

La disparition de “HB2” et l’entrée en vigueur de la nouvelle loi forcent ainsi les instances universitaires, entre autre, à tracer une ligne morale dans le sable.

Pour le moment, le Président de la NCAA, Mark Emmert, ne s’est toujours pas prononcé. Le mot d’ordre pour la ligue universitaire : la patience. Les discussions concernant les attributions des prochaines sites se sont ouvertes cette semaine et doivent rendre leur verdict d’ici deux à trois semaines.

Toutefois, la conférence ACC a pris les devants et est prête à ré-ouvrir ses portes à la Caroline du Nord. Déplacée à la dernière minute de Charlotte à Orlando, parmi d’autres événements, la finale de conférence ACC en football devrait retrouver son emplacement initial puisque la seule existence de “HB2” posait problème à la conférence.

La position officielle du monde universitaire concernant les lois discriminatoires de l’Etat de Caroline du Nord repose maintenant sur les épaules de la NCAA.

A travers l’affectation des prochains sites de championnats nationaux universitaires, elle jugera si la loi “HB142” est suffisamment morale pour revenir s’implanter au sein du Tar Heel State. La position morale de la ligue est en jeu, au même niveau que l’activité économique de l’Etat et a fortiori, la compétitivité des universités de celui-ci.

De toute manière, la NCAA n’a pas fini de lutter et de prendre position sur ce terrain puisque des lois similaires à “HB2” commencent à émerger dans d’autres Etats du pays, et notamment le Texas ou le Kansas. Le prochain Final Four de la March Madness doit se dérouler à San Antonio tandis que Wichita est également un des sites du First Round en 2018.